« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

30 octobre 2016

Le CHRIST-ROI


La fête du Christ-Roi n’est pas, à proprement parler, un enrichissement de l’année liturgique, car la royauté du Christ y est déjà omniprésente.

Le temps de l’Avent est une attente de son avènement comme juge suprême :
« Devant votre force puissante, tout fléchit le genou.
Au ciel comme sur la terre, en signe de sa soumission.
Nous vous prions, ô Saint qui viendrez juger le monde,
De nous garder ici-bas des traits de l’ennemi perfide. »
(Hymne des Vêpres)
Les antiennes « O » achèvent ce temps de l’Avent en proclamant divers titres de la royauté du Christ « qui dispose toutes choses », « guide du peuple d’Israël », « Roi des nations », « notre roi et législateur ».

La liturgie de Noël manifeste que la nature divine est le premier fondement du titre royal de Jésus-Christ : « Le Roi pacifique a fait paraître sa gloire ». Il est « le Roi des rois, qui procède du Père » (I. Vêpres).

L’Épiphanie est aussi - et peut-être avant tout - une fête du Christ-Roi : « Voici que vient le Seigneur souverain » (Introït). Les Mages sont les premiers gentils à venir lui présenter leurs hommages : « Voyant l’étoile, les Mages se dirent entre eux : ‘Voici le signe du grand Roi’ » (antienne des I. Vêpres à Magnificat). « Cette étoile brille comme une flamme ; elle désigne Dieu, le Roi des rois » (antienne des Laudes et des Vêpres). L’hommage de ces trois rois annonce donc celui des nations chrétiennes. Des trois présents offerts par les Mages c’est l’or qui symbolise particulièrement la royauté : « ils lui offrirent de riches présents ; de l’or, comme au souverain roi. » (antienne, 2° jour dans l’octave) Mais cette royauté est transcendante et échappe aux conditions temporelles :
« Hérode, ennemi impie, pourquoi craindre la venue du Christ ? Loin de ravir ici-bas les royaumes, il vient offrir ceux du ciel. » (Hymne des vêpres)

Gardons-nous de ne voir dans la liturgie de la Passion que la commémoration des souffrances du Christ ; elle a, en réalité, toute une dimension royale et triomphale. La Croix est, pour le Christ et pour le chrétien, l’instrument et l’étendard de la victoire : « Les étendards du roi s’avancent, Le mystère de la croix resplendit » (hymne des Vêpres).
La procession des Rameaux symbolise la montée au Ciel et l’entrée triomphale du Christ : « À toi gloire, louange et honneur, ô Christ Roi, Rédempteur ». C’est pourquoi on y chante le Ps 23 : « Portes, élevez vos linteaux, haussez-vous, portes éternelles, et qu’il entre, le roi de gloire ! Qui est-il ce roi de gloire ? Le Seigneur, le fort, le puissant, le Seigneur puissant des combats. »
Dans l’adoration de la Croix les mêmes accents se font entendre : « Saint Dieu, Saint Immortel, Saint fort ! »



La fête de Pâques, « solennité des solennités », a pour objet le mystère même de la victoire du Christ sur la mort et le péché : « Car notre roi très puissant De la mort a brisé les forces » (hymne des Laudes). Cette fête est certainement celle où la royauté du Christ est la plus éclatante : « À lui gloire et souveraineté, dans tous les siècles de l’éternité. Amen, » (bénédiction du cierge pascal). Le Haec dies qui est chanté à diverses reprises est extrait du Ps 117, qui est un psaume royal et triomphal.

À l’Ascension nous célébrons encore l’entrée du Christ au Ciel en triomphateur, et sa session sur son trône. Le Ps 67 est le cantique de ce jour : « il est monté sur les hauteurs, capturant les captifs », c'est-à-dire entraînant à sa suite les hommes rachetés et libérés. Il est le « Roi de gloire, Seigneur des armées » (II. Vêpres).

La Pentecôte est aussi une fête du Christ. Elle célèbre Jésus-Christ envoyant le Saint Esprit sur l’Église, à qui il a laissé la charge et la gloire de la conquête effective du monde en son nom. La proclamation de sa victoire commence à la Pentecôte. « Jusqu'à la fin des temps le triomphe du Christ sera personnifié dans une personne divine », le Saint Esprit. De même qu'il l'a glorifié lors du baptême et au Thabor, le Saint Esprit glorifie le Christ aujourd’hui par l’Église. L'exaltation du Christ et la venue du Saint-Esprit sont un seul et même mystère. Le temps après la Pentecôte nous achemine enfin vers le dernier dimanche de l’année qui a pour thème la royauté eschatologique du Christ dans le triomphe définitif de son Église au dernier jour.

Mais le royaume du Christ n’est pas, ou pas seulement eschatologique, comme s’il était sans rapport avec la vie du monde actuel. Le royaume du Christ est déjà commencé dès ici-bas, même dans les réalités temporelles, et donc, politiques, économiques et familiales. Tel est précisément l’objet propre de la fête célébrée le dernier dimanche d’octobre. C’est donc un contre-sens de la reporter au dernier dimanche de l’année, comme si le Royaume du Christ était à venir, mais n’existait pas encore. Cette solennité de dévotion est convenablement placée le dimanche qui précède la fête de la Toussaint « dans laquelle nous vénérons la Jérusalem céleste et la noble cour du Dieu de gloire ».

Voir notre article : Le Christ-Roi dans l'ordre public.